
Le môme a la gueule d’un ange. Ou celle d’un rocker façon Jim Morrison première époque. La parole aussi claire que son regard, Alexis Palisson possède un soupçon de fraîcheur toute innocente qui tranche dans le monde du rugby pro. On lui sent même un émerveillement non feint à jouer ce Tournoi qu’il regardait à la télé, petit, à côté de son père. Il le dit, ces instants bleu-blanc-rouge, qu’il a encore peu goûtés mais déjà tout à fait appréciés, sont question de plaisir qu’il veut saisir sans le bouder, sans jamais chercher non plus à dissimuler ce que lui renvoie son for intérieur. Quitte à se fragiliser, peut-être.
Lui ne calcule pas, pas plus qu’il ne soupèse le CV de ses adversaires. Pensez, il débuta voilà à peine deux ans face à Lote Tuqiri, le musculeux Wallaby (1,91 ; 103 kg). Et que dit-il aux observateurs inquiets de le voir ressortir du terrain tout essoré ? « Lui ou un autre, il faut bien jouer quelqu’un. » Il fallait bien un peu d’esbroufe et une bonne dose d’inconscience pour finalement réduire à un banal face-à-face cette grande première qui opposait sur le papier 59 sélections et une finale de Coupe du monde à une dizaine de matches en Top 14.
C’était en juin 2008. Ce Palisson, encore 20 ans, on ne le connaissait quasiment pas. Tout au plus savait-on qu’un jour de décembre 2006, avec Brive, il avait claqué trois essais aux Italiens de Padoue en Challenge Européen et qu’il était un petit gars bien de chez lui, formé à l’Isle-sur-Vienne, puis à Limoges avant d’intégrer le CAB. Il bouchait les trous d’une équipe de France privée des demi-finalistes du Top 14.
Tout de même, il déposa le grand Tuqiri d’un « cadrage-débor » d’école dès la quatrième minute de leur duel, puis mis sur les fesses un autre quintal australien, empesé d’un paquet de sélections lui aussi, Stirling Mortlock. C’était sacrément prometteur pour cet ailier petit format (1,75 m), à peine 80 kilos à l’époque. Il en fait 82, 83 peut-être aujourd’hui. Alors forcément, avant d’affronter l’Irlande il y a deux semaines, il a encore reconnu : « Les Irlandais sont des athlètes grands, costauds… Un peu l’inverse de moi. » Mais ça ne l’affolait pas.
Il sait qu’il a pour lui son culot, son sens de la relance, un goût prononcé pour le jeu balle en main directement venu d’un père joueur au Stade Toulousain. Son coup de pied, aussi. Le gauche particulièrement, avec lequel il botte et bute à Brive. C’est une assurance qui a compté, à l’heure du choix des sélectionneurs. Le voilà donc titularisé pour la deuxième fois en deux matches consécutifs, à l’aile, un poste à haute concurrence chez les Bleus*. Ça ne lui était plus arrivé depuis son baptême du feu.
Vendredi soir sur la pelouse du Millennium, il aura comme vis-à-vis le plus jeune que lui Leigh Halfpenny, bâti dans le même moule (21 ans ; 1,78 m ; 83 kg ; 12 sélections). Et de l’autre aile pourrait bien aussi venir le chatouiller le sémillant Shane Williams, qu’on ne présente plus (33 ans le jour du match ; 1,70 m ; 80 kg ; 70 sél. et 49 essais). Mais le petit Limousin se fout de ses adversaires, il l’a déjà dit. Et si face à ces Gallois de poche, il lançait pour de bon sa carrière en bleu ?
*Cédric Heymans (11), Vincent Clerc (10), Julien Malzieu (9), Maxime Médard (5), Aurélien Rougerie (4), Alexis Palisson (3), Benjamin Fall (2), Benjamin Thiéry (1) et David Janin (1) se sont partagés les 46 titularisations de l’ère Lièvremont (avant ce match contre Galles).
Alexis Palisson
(Brive)
22 ans
1,75 m ; 83 kg
6 sélections depuis 2008
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